Le 3 juin dernier, Jenifer sortait Ma Déclaration. Un album exclusivement composé de reprises des chansons de France Gall, pour la plupart issues du travail hors pair du mélodiste tant regretté Michel Berger et élevé dès sa sortie au deuxième rang des charts. Si Jenifer peut se ravir d’un tel succès, avoisinant celui du démarrage de Lunatique, son troisième album, mais surpassant de loin ses autre opus musicaux, si sa maison de disque, Universal, peut s’en frotter les mains, subsiste dans l’ombre une femme de marque, évincée. France Gall, interprète première des douze titres faisant l’unanimité, a fait connaître son mécontentement, aucun des protagonistes n’ayant pris la peine de la notifier du procédé en cours.

Ma Déclaration, l'album de reprises au coeur de la polémique © Universal

Ma Déclaration, l’album de reprises au coeur de la polémique © Universal

« Poupée de cire, poupée de son », « Résiste », « Evidemment », « Si maman si », impossible de ne pas connaître ces monuments de la chanson française. Interprétés dans les années 1965 à 1987, ils ont deux points communs, celui d’avoir vu le jour sous la voix mélodieuse de France Gall, et celui d’être aujourd’hui repris par la chanteuse pop Jenifer. Ou peut-être trois. Car aujourd’hui, ils se situent malgré eux au coeur d’une polémique, tirée tantôt par Jenifer et Universal d’un côté, tantôt par une France Gall souhaitant récupérer son honneur. Échaudée par les déclarations contradictoires de sa cadette, affirmant tantôt avoir eu la validation de son aînée, tantôt avoir appris par un intermédiaire son contentement, tantôt n’avoir pas la moindre idée de son opinion sur l’album lui rendant hommage, France Gall a souhaité – fait rarissime, habituellement sujette à une discrétion exemplaire – faire entendre sa voix dans MetroNews, puis Le Parisien.

Elle a réalisé son disque de reprises de mes chansons en secret, sans mon accord. On ne peut pas s’opposer à ce genre de projet tant que la mélodie et les textes ne sont pas changés. Mais elle raconte des bobards. Elle dit que je suis difficile à joindre. Ce n’est pas vrai, puisque vous êtes là aujourd’hui. Elle dit que je suis au courant, que j’approuve et qu’elle a mon aval. Et ça m’énerve. Ils ne me l’ont même pas envoyé et je n’ai pas l’intention d’aller l’acheter.

Une déclaration qui semble légitime si les faits sont avérés, mais, portant une accusation directe peu camouflée, relance les hostilités. Ainsi, au-delà d’une simple problématique de notification, de mise au parfum, soulignant pourtant avoir invité Jenifer sur une émission spéciale Starmania il y a quelques années et avoir apprécié sa façon de chanter, France Gall fait état d’une aversion virulente pour la version de ses chansons tout juste arrivée sur les ondes.

J’ai entendu « Poupée de cire, poupée de son » chanté par Jenifer. Ça fait bizarre. Il manque ma voix. […] Un hommage, c’est censé faire plaisir, non ?

Même constat pour l’émission hommage diffusée il y a deux samedis de cela sur le service privé, comme un avant-goût de promotion pour l’album qui allait engager l’orage.

Les producteurs ne doivent pas beaucoup m’estimer pour faire un show aussi ‘cheap’. C’était raté. Là aussi, ils l’ont fait sans mon avis. Il y a un vrai cynisme ambiant.

Des propos une fois encore compréhensibles, soulignés par la critique télévisuelle, mais pas au goût d’Universal, qui a souhaité rectifier le tir hier matin, excédé par l’animosité non dissimulée de l’artiste. Dans un communiqué relayé par la presse, la maison de disque dément une nouvelle fois avoir d’une quelconque façon entamé les démarches d’enregistrement dans son dos – énième retour de balle – et souligne, perfide à son tour, le tort que l’album causerait en vérité… au projet de spectacle de France Gall autour des chansons de Michel Berger prévu pour 2015. Ne touchant pas un centime sur certains des titres repris par sa cadette, perdant le caractère médiatique exclusif de son show en préparation, serait-ce alors là le fin mot de l’histoire – ou guéguerre – déchirant la variété française ? Il ne reste plus qu’à attendre pour le savoir la nouvelle réponse de l’intéressée, qui, au vu des épisodes aussi tonitruants qu’un vrai soap longuet à souhait, ne saurait tarder.